Appel à communication Numéro des Études de Linguistiques Appliquées (ELA) https://www.cairn.info/revue-ela.htm

Professionnel·le·s et Recherche en Linguistique Appliquée

Coordination : Cathy Cohen (ICAR, Université Lyon 1), Audrey Mazur-Palandre (Labex ASLAN, ICAR, Université de Lyon), Joséphine Rémon (ICAR, Université Lyon 2), Biagio Ursi (ATILF, Université de Lorraine)

Texte de cadrage de l’appel à contribution

L’objectif de ce numéro spécial est de proposer une dizaine de contributions questionnant les défis méthodologiques, les enjeux sociétaux et les perspectives d’intervention du domaine de la linguistique appliquée, qui connaît depuis plusieurs décennies un fort engouement, impliquant parallèlement « des mutations profondes de ses objets d’investigation » (Filliettaz, 2009 : 1). Si la linguistique appliquée a été, au départ et tout particulièrement en France, fortement ancrée dans des problématiques liées à l’acquisition des langues et au fonctionnement des interactions scolaires, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui tous les domaines des sciences du langage sont concernés. Les études en linguistique appliquée peuvent-elles participer à une éducation plus inclusive face à la diversité des apprenant·e·s ? Qu’apporte la linguistique appliquée à la compréhension des interactions médiées par les technologies ? Pourquoi faire intervenir des chercheur·e·s en linguistique appliquée pour améliorer l’ergonomie et la communication au travail (milieux hospitalier, de l’aviation, de la police, etc.) ? Ce numéro spécial se situe alors dans les réflexions de Condamines & Narcy-Combes (2015) qui, s’inscrivant dans la tradition des études épistémologiques, proposent de requalifier la “linguistique appliquée” en “linguistique située”, une proposition qui fait écho aux propos de Brumfit (1997) sur l’entrelacement entre questionnements sur la langue et études des (et, donc, par les) pratiques. L’objectif de cette discipline n’est pas d’appliquer simplement la recherche linguistique à un projet social, mais bien de réaliser un processus au sein duquel recherche et projet social sont reliés et se transforment mutuellement. C’est ainsi que se crée une stratégie d’innovation sociétale, où la mise en place de collaborations avec des acteurs extra-académiques s’avère centrale : « l’idée est […] de ne pas simplement appliquer la recherche à un projet sociétal, mais de s’inscrire dans un processus au sein duquel il s’instaure un échange durable et constructif entre recherche et société, qui sont alors interconnectés et répondent à leurs besoins mutuels » (Mazur-Palandre et Colón de Carvajal, sous presse).

Ces contributions s’articulent autour de trois axes : 1) défis méthodologiques, 2) enjeux sociétaux et 3) perspectives d’intervention.

Dans l’axe 1 – Défis méthodologiques – s’inscrivent des recherches situées, notamment en terrains sensibles (Paveau & Perea, 2012), qui font émerger des défis méthodologiques nécessitant de réfléchir à la fois aux modalités d’enquête ou d’enregistrement de corpus et aux questions éthiques qui en découlent (accès aux terrains, explicitation des objets d’étude, accès aux données par différents publics et/ou communautés de chercheurs, voir Baude et al. (2006 : ch. 3)), sans négliger les questions liées à la temporalité de la recherche face aux transformations sociétales (Rocci et al., 2010). La disponibilité de moyens techniques et, surtout, de fonds de recherche contraignent-ils le choix des terrains d’enquête ? Comment sensibiliser les praticiens à la nécessité d’ouvrir le terrain aux chercheurs ? Quelles méthodologies donnent le cadre permettant de trouver la juste posture pour recueillir le vécu des praticiens sans que ceux-ci se sentent jugés ? Comment le chercheur en linguistique appliquée peut-il militer pour valoriser ses méthodologies lorsque le contexte politique ou médiatique va dans une direction différente ou opposée ? Afin de répondre à toutes ces questions, il semble indispensable que la séparation assez traditionnelle entre recherche fondamentale et recherche appliquée soit dissoute (Bronckart, 2001) et il serait alors préférable de penser à un continuum plutôt que d’opposer ces deux types de recherche. Les études devraient alors être pensées à la croisée du monde de la recherche et de celui de l’application et de l’impact sociétal.

Sous l’axe 2 – Enjeux sociétaux – sont regroupées des contributions se centrant sur le défi que représente la diversité socio-culturelle et intergénérationnelle, pour des sociétés qui tendent vers une meilleure inclusion de toutes et tous. Cela se traduit non seulement par un examen de la situation actuelle, caractérisée par l’espace mondialisé et le contact d’identités linguistiques et culturelles différentes, mais aussi par le positionnement des chercheur·e·s en linguistique appliquée face à cette diversité. Cette réflexion doit inévitablement prendre en compte le rôle joué par les nouvelles technologies et les ressources numériques dans des interactions médiées par écran (Kern & Develotte, 2018) ou en face à face. La variété des scénarios d’utilisation de ces ressources est bien illustrée par l’expérience quotidienne des migrants, confrontés aux démarches administratives en contextes institutionnels (Piccoli, Ticca & Traverso, 2019) et au maintien des liens avec leur terre d’origine (Diminescu, 2010). Dans le domaine de la formation, les études en linguistique appliquée permettent de mettre en lumière les besoins de publics fragilisés de tous âges, dont l’intégration et l’insertion représentent des objectifs primordiaux (Adami & André, 2012). Quels prolongements peut-on donner à cette mise en lumière dans les pratiques professionnelles et les procédures institutionnelles ? Comment le chercheur négocie-t-il la tension entre l’impératif moral d’intervention et la temporalité de recherche nécessaire à l’appréhension d’enjeux sociétaux ? Quant à la visibilité des chercheurs, comment les équipes de recherche gèrent-elles l’emballement médiatique ou institutionnel autour de questions qui mobilisent le grand public ? Pour ce qui est de leur statut, les chercheurs doivent-ils se positionner comme personnes-ressources sur certains dossiers sociétaux, en envisageant une intervention auprès des instances reconnues ?

Les propositions s’inscrivant dans l’axe 3 – Perspectives d’intervention – se penchent davantage sur les perspectives d’intervention à travers la valorisation et la vulgarisation de la recherche. Elles questionnent les pratiques de terrain (Gasquet-Cyrus, 2015) et se focalisent aussi sur les retours aux participants (Piccoli & Ursi, 2015), le processus d’accompagnement et de formation à la recherche, mais aussi de formation par la recherche, et la prise en charge de responsabilités politiques, que les acteur·rice·s en linguistique appliquée développent.  Ainsi, de quelles façons les interventions des chercheur·e·s peuvent-elles être utiles à la société ? Sous quelles formes et en fonction de quels publics ? Ou encore, comment la transdisciplinarité, ou même l’interdisciplinarité, des recherches permet-elle de repenser les interactions sociales et disciplinaires? En effet, afin d’apporter des réponses les plus complètes possibles aux problématiques et aux défis sociétaux, les projets crossdisciplinaires (Falk-Krzesinski, 2016), permettant de combiner ou intégrer des concepts, méthodes ou théories de plus d’une discipline, se développent de plus en plus. Nous pouvons alors parler de travaux s’inscrivant dans une perspective multidisciplinaire, dans lesquels différentes disciplines co-habitent tout en étant indépendantes mais favorisant l’échange (Falk-Krzesinski, 2016). Les projets interdisciplinaires, eux, impliquent un dialogue plus important avec un certain degré d’intégration des concepts, théories et méthodologies des différentes disciplines représentées (Sarangi & van Leeuwen, 2003). Enfin, les projets transdisciplinaires supposent une vision totalement intégrative ainsi que la présence de partenaires extra-académiques (professionnels, associations, entreprises, etc.), et ce dès le début de la mise en place du projet afin de prendre en considération tous les aspects et besoins d’une problématique sociétale, en faisant participer tous les acteurs, académiques et extra-académiques. Il est alors possible d’obtenir des avancées scientifiques et concrètes si les différents partenaires, s’inscrivant dans des traditions théoriques et méthodologiques différentes, en réalisant un effort concerté, engagent un dialogue les uns avec les autres (Suthers et al., 2013). Cette position interdisciplinaire est un bénéfice aussi bien pour le domaine de la recherche que pour le monde sociétal, auquel les scientifiques peuvent alors offrir des visions complémentaires et des solutions toujours plus riches (Narcy-Combes, 2018).

Ce numéro a été réalisé en partenariat avec l’Association Française de Linguistique Appliquée – AFLA.

Dates importantes

  1. Réception des résumés : 15 octobre 2019
  2. Réponses aux auteurs sur la sélection des articles : 30 novembre 2019
  3. Version complète : 30 janvier 2020
  4. Avis du comité scientifique: 15 avril 2020
  5. Version finale : 15 juin 2020
  6. Publication : dernier trimestre 2020

Résumé 

  • Résumé de 4/5 pages devant être une version synthétique du futur article
  • Bibliographie incluse
  • Police times, 12, interligne 1,5

Informations

Contacts : audrey.mazur_palandre@gmail.com

Bibliographie

Adami, H. & André, V. (2012). Vers le Français Langue d’Intégration et Insertion (FL2I). In H. Adami & V. Leclercq (Dir.), Les migrants face aux langues des pays d’accueil, Paris : Septentrion, 277-289.

Baude, O., Blanche-Benveniste, C., Calas, M.-F., Cappeau, P. Cordereix, P., Goury, L., Jacobson, M., De Lamberterie, I., Marchello-Nizia, C., Mondada, L. (2006). Corpus oraux. Guide des bonnes pratiques. Paris/Orléans : CNRS Éditions & Presses Universitaires d’Orléans.

Bronckart, J.-P. (2001). S’entendre pour agir et agir pour s’entendre. In J.M. Baudoin & J. Friedrich (Dir.), Théories de l’action et éducation. Bruxelles : De Boeck, 133-154.

Brumfit, C. (1997). How applied linguistics is the same as any other science. International Journal of Applied Linguistics 7(1), 86-94.

Condamines, A. & Narcy-Combes, J.-P. (2015). La linguistique appliquée comme science située. In F. Carton, J.-P. Narcy-Combes, M.-F. Narcy-Combes, D. Toffoli (Dir.). Cultures de recherche en linguistique appliquée, Paris : Riveneuve, 209-229.

Diminescu, D. (2010). L’usage du téléphone portable par les migrants en situation précaire. Hommes et Migrations 1240, 66-79.

Falk-Krzesinski, H. (2016). Team Science Tools for Research Development Professionals. Annual NORDP (National Organisation of Research Development Professionals) Research Development Conference, Orlando, FL, May 25 2016. URL : https://www.nordp.org/assets/RDConf2016/presentations/nordp-2016-falk-krzesinski.pdf

Filliettaz, L. (2009). La linguistique appliquée face aux réalités de la formation professionnelle. Bulletin suisse de linguistique appliquée, 90, 1-15.

Gasquet-Cyrus, M. (2015). “Je vais et je viens entre terrains” Réflexions sur le terrain dans la théorisation sociolinguistique. Langage et société 154, 17-32.

Kern, R. & Develotte, C. (Eds.) (2018). Screens and Scenes. Multimodal Communication in Online Intercultural Encounters. London/New York: Routledge.

Linn, A., Candel, D. & Léon, J. (2011). Linguistique appliquée et disciplinarisation, Histoire, Épistémologie, Langage 33(1), 7-14.

Mazur-Palandre, A. et Colón de Carvajal, I. (sous presse). La multimodalité : et encore, on est loin d’avoir tout vu… Dans A. Mazur-Palandre et I. Colon de Carvajal. (Dir.), Approches plurielles de la multimodalité du langage. Grenoble : UGA Éditions.

Narcy-Combes, M.-F. (2018). La transdisciplinarité dans l’intervention en linguistique appliquée. Études de Linguistique Appliquée 190, 183-193.

Paveau, M.-A. & Perea, F. (Dir.) (2012). « Corpus sensibles », Cahiers de praxématique 52.

Piccoli, V., Ticca, A. C. & Traverso, V. (2019). « Go internet it’s here » : démarches administratives de personnes précaires ou en demande d’asile, Langage et société 167, 81-110.

Piccoli, V. & Ursi, B. (2015). Le projet Petits Films : du retour au participants à la valorisation des données. In I. Colón de Carvajal & J.-P. Maitre (Éds.), ICODOC 2015 : Colloque Jeunes Chercheurs du Laboratoire ICARSHS Web of Conferences 20. DOI : <10.1051/shsconf/20152001019>.

Rocci, A., Duchêne, A., Gnach, A. & Stotz, D. (Dir.) (2010). « Sociétés en mutation : les défis méthodologiques de la linguistique appliquée – Actes du colloque VALS-ASLA 2008. » Bulletin suisse de linguistique appliquée Numéro spécial – Printemps 2010, 2 volumes.

Sarangi, S. & van Leeuwen, T. (2003). Applied linguistics and communities of practice: gaining communality or losing disciplinary autonomy? In Sarangi, S. & van Leeuwen, T. (Eds.), Applied Linguistics and Communities of Practice. London/New York: Continuum, 1-8.

Suthers, D., Lund, K., Penstein Rosé, C., Teplovs, C. & Law, N. (Eds.) (2013). Productive Multivocality in the Analysis of Group Interactions, Boston, MA: Springer.