11 juin 2026
Quels réseaux sémantiques s’activent pour l’usage académique du terme « appliqué » ? Quel est le périmètre d’une linguistique dite « appliquée » ? Quelles sont les connotations auxquelles renvoie ce terme ? Aucune réponse à ces questions ne peut être produite sans historicisation du terme « appliqué » et des débats épistémologiques qui l’ont accompagnée. A ce titre, l’impulsion de la linguistique appliquée en France dans les années 1950 est le produit d’une situation complexe, qui peut être analysée en termes de politique linguistique, de politique académique ou encore de développement technique (Coste, 1987, Chevalier & Encrevé, 2006).
Une analyse strictement structurelle, effectuée du point de vue des institutions, révèle les liens entre une demande politique visant la diffusion du français et l’essor de la linguistique appliquée. En effet, l’ouverture d’une commission pour le français à l’UNESCO, suite aux travaux visant l’outillage linguistique des populations des pays nouvellement indépendants, donne l’impulsion au Service Universitaire des Relations avec l’Etranger (André Marie et Marcel Abraham au Ministère de l’Education Nationale) pour le financement des premiers travaux de Georges Gougenheim sur le français élémentaire. L’accueil à l’Ecole Normale Supérieure de St Cloud par René Vettier du Centre pour l’étude du français élémentaire (1952), débouchant sur la mise en place du Centre de Recherche et d’Etudes pour la Diffusion du Français (CREDIF-1959) signe l’installation durable de ce type d’étude dans le paysage para-académique.
Mais la fondation de l’AFLA est en grande partie portée par Guy Capelle, qui après avoir produit un rapport critique suite à une mission d’expertise pour le CREDIF au Mexique est chargé par Roger Seydoux à la Direction Générale des Affaires Culturelles et Techniques (au Ministère des Affaires Etrangères) de la fondation du Bureau d’Etudes et de Liaison (1959). Les contacts construits par Capelle mettent le BEL en lien avec les développements de la linguistique appliquée anglo-saxonne (notamment par le biais du Center for Applied linguistics, dirigé par Charles Ferguson). Les rencontres menées en 1961 et 1963 en lien avec le BEL (le colloque du CIEP en 1961, la réunion de Stockholm en 1963) vont permettre au projet d’Association Française de Linguistique Appliquée de voir le jour, sous la direction de Culioli, pour qui, selon Jean-Claude Chevalier, « il n’est de linguistique qu’appliquée » (1984 : p.119). Or la fondation de l’AFLA et de l’AILA à Nancy en 1964 comprend des universitaires traitant de questions diverses (Carton, 2015) et ne se limite pas aux questions d’enseignement-apprentissage.
Indications bibliographiques
Carton, F. (2015). « Quand naissait l’AFLA : témoignage ». in Carton, F. Narcy-Combes, M.-F., Narcy-Combes, J.P. & Toffoli, D. Cultures de recherche en linguistique appliquée. Riveneuve éditions : Paris.
Linn, Candel & Léon (2011). « Présentation : Linguistique appliquée et disciplinarisation. ». Histoire Épistémologie Langage 33/I.
16h-16h30 : conclusion et perspectives bureau de l’AFLA